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Logement et canicule : vers une nouvelle obligation de confort d’été pour les bailleurs ?

Sabrina Bonnet

30 juin 2025

Face à des étés toujours plus extrêmes, le gouvernement amorce une réforme de fond pour rendre les logements plus résistants à la chaleur.

🌞La chaleur n’est plus un accident météorologique. C’est un marqueur du quotidien estival. Désormais, dès le mois de juin, les vagues de chaleur s’installent en France, sans distinction de région. Or, le parc immobilier actuel n’a pas été pensé pour ces conditions climatiques.


Mal isolés, mal ventilés, nombre de logements se transforment en véritables fournaises, posant une question de plus en plus pressante : celle du confort thermique d’été.


Dans ce contexte, le gouvernement prépare une réforme ambitieuse. Objectif : inscrire dans la réglementation du logement des exigences précises contre la surchauffe, à commencer par les biens mis en location. Une réforme qui pourrait, à terme, imposer de nouveaux équipements aux propriétaires.


Une prise de conscience climatique… qui entre dans le logement


Jusqu’ici, les politiques de rénovation énergétique se sont essentiellement concentrées sur l’hiver : lutter contre le froid, réduire les pertes de chaleur, isoler les passoires thermiques. Mais le réchauffement climatique impose désormais un nouveau paradigme : il faut aussi protéger les habitants… de la chaleur.


C’est dans ce sens que le gouvernement envisage de faire évoluer le diagnostic de performance énergétique (DPE). Encore trop centré sur les consommations de chauffage, il devrait intégrer plus finement le comportement des logements face à la chaleur estivale, notamment leur capacité à rester frais sans recours excessif à la climatisation.


Vers une nouvelle définition du logement décent


Au cœur de la réforme : l’élargissement des critères de décence d’un logement, aujourd’hui centrés sur la sécurité, la salubrité ou l’équipement sanitaire. À horizon 2025 ou 2026, un logement trop exposé au soleil, sans protection solaire ni ventilation efficace, pourrait ne plus être considéré comme décent — donc impropre à la location.


Deux exigences techniques sont actuellement à l’étude :


  • Des protections solaires extérieures : volets, brise-soleil, stores ou persiennes, capables de limiter les apports solaires directs.

  • Une ventilation naturelle ou mécanique adaptée, permettant d’évacuer la chaleur accumulée, notamment la nuit.


Ces équipements pourraient devenir obligatoires lors de rénovations, à la vente, ou préalablement à une mise en location, en particulier dans les zones climatiques les plus chaudes.


Protéger les locataires... et anticiper les normes de demain


Derrière cette évolution réglementaire, un impératif de santé publique. Car les logements surchauffés ne sont pas qu’inconfortables : ils sont dangereux, notamment pour les publics les plus fragiles (personnes âgées, enfants en bas âge, personnes malades). Les épisodes caniculaires de ces dernières années ont rappelé l’ampleur des risques liés à l’habitat mal adapté.


Cette réforme s’inscrit donc dans une double logique : renforcer la qualité de vie des occupants, tout en encourageant les propriétaires à adapter leur patrimoine à un climat devenu structurellement plus chaud.


Et maintenant ? Ce que les bailleurs doivent anticiper


Pour les propriétaires bailleurs, cette réforme à venir est bien plus qu’un ajustement réglementaire. Elle pourrait nécessiter des investissements significatifs dans les années à venir. Ceux qui envisagent de mettre un bien en location — ou de le vendre — devront s’assurer qu’il respecte ces nouvelles exigences de confort d’été.


De nombreux logements, en particulier en zones urbaines denses ou en copropriété sans stores ni volets extérieurs, sont concernés. L’absence de système de ventilation peut également poser problème. À terme, ces manques pourraient bloquer une mise en location ou entraîner des sanctions, comme c’est déjà le cas pour les passoires énergétiques.


Conclusion : le logement face à un nouvel impératif climatique


Avec cette réforme, le gouvernement amorce un tournant majeur : l’adaptation du logement au climat d’aujourd’hui, et surtout de demain. Ce qui était hier un confort devient aujourd’hui une exigence minimale. Le logement ne doit plus seulement protéger du froid, mais aussi du chaud.


Cette dynamique, encore balbutiante dans les textes, est déjà une réalité concrète sur le terrain. Et les propriétaires qui anticiperont ces évolutions auront, demain, une longueur d’avance — pour la valorisation de leur bien, comme pour la sécurité de leurs locataires.

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