

Sabrina Bonnet
30 juin 2025
Un projet de décret prévoit d’ouvrir aux syndics la possibilité de facturer des frais spécifiques pour la gestion des emprunts souscrits par les copropriétés.
C’est une évolution qui pourrait faire grincer quelques dents chez les copropriétaires. Selon un projet de décret consulté par L’Informé, les syndics de copropriété pourraient bientôt percevoir une nouvelle rémunération pour la gestion des prêts collectifs contractés par les immeubles qu’ils administrent.
Le texte, présenté ce 30 juin au Conseil national de la transaction et de la gestion immobilière (CNTGI), vise à modifier les contrats types réglementés des syndics. L’objectif ? Intégrer la gestion des emprunts collectifs comme une prestation facturable, en dehors du forfait annuel classique.
Une réforme discrète, mais impactante pour les copropriétaires
Les prêts collectifs, souvent utilisés pour financer des travaux importants (rénovation énergétique, ravalement, mise aux normes), sont souscrits par les syndics au nom de la copropriété, après vote en assemblée générale. Jusqu’ici, leur gestion faisait partie du périmètre des tâches incluses dans le forfait annuel. Avec ce projet de décret, cette mission deviendrait une ligne de facturation supplémentaire.
Concrètement, cela signifie que chaque copropriétaire engagé dans un emprunt collectif pourrait être amené à supporter de nouveaux frais, à répartir en fonction de sa quote-part.
Un besoin de clarification contractuelle... ou une ouverture à la surfacturation ?
Les syndicats professionnels plaident depuis plusieurs années pour une meilleure prise en compte du travail administratif lié à ces emprunts : recherche de financement, négociation avec les banques, suivi des échéances, gestion des appels de fonds spécifiques. Des tâches chronophages, argumentent-ils, qui mériteraient une rémunération à part entière.
Mais du côté des associations de copropriétaires, la crainte d’une dérive tarifaire est bien réelle. Une nouvelle prestation encadrée par décret signifie aussi une opportunité pour certains syndics de multiplier les frais annexes, dans un secteur déjà critiqué pour son opacité tarifaire. La vigilance sera donc de mise quant aux modalités d’application.
Vers un encadrement précis dans le contrat-type ?
Le projet de décret prévoirait d’inscrire cette nouvelle prestation dans la liste des actes hors forfait, prévue dans le contrat-type issu du décret de 2015. Une évolution réglementaire qui aurait pour avantage d’encadrer cette facturation dans un cadre défini, à condition que les honoraires soient clairement précisés et votés en assemblée générale.
Pour les copropriétés qui envisagent de financer leurs travaux par un prêt collectif — notamment dans le cadre des rénovations globales encouragées par l’État — cette réforme pourrait donc alourdir légèrement le coût final du projet, si aucune régulation des honoraires n’est mise en place.
Un signal supplémentaire de la complexification du rôle de syndic
Ce projet s’inscrit dans un contexte plus large : celui de la montée en charge des missions des syndics, notamment avec les nouvelles obligations liées à la rénovation énergétique, aux diagnostics techniques globaux, et à l’accompagnement des aides publiques.
Le rôle de syndic devient de plus en plus technique, administratif, financier. Mais cette montée en compétence appelle aussi à plus de transparence et de pédagogie vis-à-vis des copropriétaires, notamment sur les coûts réels de ces prestations et leur utilité.
Conclusion : nouvelle ligne de frais en vue pour les copropriétés
Si ce décret venait à être adopté, la gestion des prêts collectifs ne serait plus considérée comme une mission incluse, mais comme une prestation distincte et facturable. Une évolution qui souligne, une fois de plus, l’importance de lire attentivement les contrats de syndic, et de veiller à ce que chaque ligne tarifaire soit justifiée, encadrée… et votée.